Jaime Hernandez – Locas (volume 1 & 2)

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Je découvre enfin ce gros morceau de la BD underground américaine avec les deux volumes de Locas et c’est un sacré choc. Un choc inversement proportionnel à sa réputation très confidentielle en France et en Europe car hélas cette série fait le bonheur de quelques happy fews ici quand d’autres auteurs américains sont très biens médiatisés, souvent à juste titre. Pourtant il y a tout pour plaire (et bien plus) dans ce Locas: l’ampleur grandissante du récit, c’est feuilletonesque, addictif, il y a une galerie de personnages hauts en couleur parfaitement brossés auxquels on s’attache fortement, la finesse et la justesse des relations et des dialogues, la puissance narrative sur les longues histoires (“Mechanics”,
“Viva Loca”, “Wingwam Bam”) et c’est graphiquement génial pour l’époque (on sait dans quoi Daniel Clowes et tant d’autres ont puisé).

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A partir de deux personnages, les jeunes punkettes Hopey et Maggie, Jaime Hernandez développe un univers foisonnant se déroulant sur 14 ans (entre 1982 et 1996), se permettant au fur et à mesure quelques étrangetés comme l’intrusion de personnages fantastiques (ceux-là sont tellement secondaires qu’ils ne dérangent pas plus que ça le récit), des bifurcations temporelles imprévues etc… Ces étrangetés ne sont pas gratuites et prouvent plutôt la maturité de l’auteur, sa maîtrise totale du récit, un récit riche, dense et qui se déploie comme on effeuille un artichaut. Un must.

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L’édition est quant-à-elle plutôt réussie: deux pavets de plus de 300 pages, pareil pour la traduction qui respecte l’intrusion de l’espagnol dans le langage de certains personnages avec notes en bas de pages.

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Quelques films de 2013 (partie 1)

gimme the loot

 

Gimme the loot (Adam Leon):

J’allais voir Gimme the Loot en sachant qu’au mieux je verrai un sympathique petit film fauché, en argent et en idées, rattrapé par une certaine énergie de jeux d’acteurs, et c’est exactement ça. Aussitôt vu aussitôt oublié, mais le film arrive néanmoins à esquiver quelques tares irritantes de ce cinéma-là et reste au final plutôt attachant. J’ai pensé à
Larry Clark et son excellent Wassup Rockers (la longue virée urbaine, la rencontre avec la belle fille de riche etc) sauf que la crudité de Clark est ici remplacée par un vrai potentiel comique que le film atteint lors de quelques scènes assez drôles.

 

Ben Affleck and Rachel Weisz

 

A la merveille (Terrence Malick):

J’espère que Malick va par la suite se ressaisir et ne pas livrer une multitude de films en pilotage automatique de cette teneur-là parce que sinon j’arrêterai les frais. Ce qui faisait la force de the Tree of life était avant tout de se reposer sur une trame solide tout en ayant une structure certes fragmentée mais toujours lisible, To the wonder semble quant-à-lui être un arbre sans tronc où il ne resterait plus que les branches: il est ainsi difficile de s’accrocher à quoi que ce soit et sa vision sur la longueur est plutôt pénible. On se souvient de la présence mutique et très limitée de Sean Penn dans The Tree of Life, on pouvait s’en plaindre mais son presonnage ne servait finalement qu’à introduire et conclure le récit, et faisait sens; ici tous les personnages en sont réduit à ce qu’était Sean Penn: des silhouettes sans vies qui traversent le film sans jamais exister vraiment. Je comprends bien l’idée qu’à Malick de se rapprocher d’un cinéma très sensuel (la place du tactile dans ses films est ici très important), impressionniste, épousant la forme du souvenir et de la pensée, tout en jump-cut etc mais il manque une narration solide pour contrebalancer tout ça et nous permettre de s’accrocher et de décoller avec le film (le début et la fin sublimes du Nouveau monde). J’espère donc que Malick va sortir de cette méthode très aléatoire de construire ses films formellement dont The Tree of Life posait les limites, limites qu’il a totalement dépassé avec ce film tristement mineur.

 

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Camille Claudel 1915 (Bruno Dumont):

Juliette Binoche porte vraiment le film sur ses épaules pendant toute sa première moitié, qui se focalise la plupart du temps sur son visage comme si tout ce qui avait d’essentiel à voir était là: ses blessures, sa détresse, son incompréhension d’être là. Partie très forte du film donc. Puis il y a une cassure qui n’est pas tant celle de l’arrivée d’un nouveau personnage (Paul Claudel) mais plutôt celle de l’arrivée d’un acteur ne faisant pas le poids
face ce que vient de nous livrer Binoche en Camille Claudel auparavant, surtout que celui-ci parle beaucoup (texte très écrit car extrait directement de ses correspondances de l’époque) là où sa soeur n’impressionnait que par son regard et son silence, ce mélange très subtil de présence et d’absence combinées. Rupture qui m’a donc fait un peu sortir du
film pour ces raisons de jeux déséquilibrés (c’était le cas aussi dans la première partie entre Binoche et le personnel de l’hôpital) mais je dois avouer que le film vieillit bien, notamment pour sa qualité principale qu’est l’épure, que ce soit dans la mise en scène, dans le jeu de Binoche qui livre une sorte de performance invisible captivante.

 

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Wadjda (Haifaa Al Mansour):

Au-delà de toutes les étiquettes qu’on a bien voulu lui attribuer (“une femme réalise le premier film saoudien” lu sur l’affiche comme argument principal d’intérêt du film) c’est d’abord et tout simplement un très bon premier film. Le vélo que cette petite fille têtue veut s’acheter a je trouve une belle valeur symbolique, symbole d’une certaine forme de libération et d’affranchissement (féminine, religieuse) et ce n’est peut-être pas si anodin si la première fois que nous le voyons dans le film, il donne l’impression de voler (attaché
au toit d’une camionette cachée par un mur où seul le vélo dépasse). Le fil rouge est simpliste mais permet à la réalisatrice de passer son engagement soft sur les nombreux problèmes de son pays et ce avec beaucoup de limpidité, surtout que ces problèmes sont vus à travers les yeux d’une enfant. Waad Mohammed qui joue Wadjda est vraiment très
attachante, c’est vraiment le gros capital sympathie du film et elle le porte vraiment sur ses frêles épaules, si bien que l’on pardonne beaucoup au film.

 

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Mud (Jeff Nichols):

Jeff Nichols avait écrit Take Shelter et Mud au même moment sur un laps de temps très court, sachant cela je suis plutôt impressionné par l’aisance qu’a eu le jeune réalisateur à rebondir et à enchaîner si rapidement deux films forts confirmant bel et bien son statut de meilleur espoir “cinéaste américain”, deux films que beaucoup de choses séparent:
les tourments et les bourrasques de Take Shelter ont laissé la place à une pure limpidité; son précédent film était à la première personne, très intériorisé avec tout son lot d’images mentales dérangeantes, celui-ci est je trouve ouvert vers un extérieur plus serein. Il y a cependant de belles scènes qui laissent à penser que ces fameuses “images mentales” n’ont
pas totalement quitté le navire. La narration se déploie ici lentement, au compte-goutte, ouvrant plusieurs histoires tournant autour de l’amour (sentimental, parental, filial, de substitution) qui s’entremêlent parfaitement sans jamais donner l’impression d’un énième film choral de plus. Un très beau film.

 

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No! (Pablo Larrain):

Chili, 1988 : un référendum doit décider de la prorogation ou non du mandat d’Augusto Pinochet. Le camp du non met en place une campagne publicitaire, choisissant d’axer sa communication sur l’avenir plutôt que sur les attaques contre le dictateur… Sa victoire amorcera la fin du régime Pinochet.

Film (sur la) politique à l’efficacité imparable et où l’absence de mise en scène trouve intelligemment son contrepoids dans l’insertion d’archives de l’époque.

 

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Free Angela (Shola Lynch):

Quand vous avez lu le long synopsis présent sur Allocine, vous n’avez quasiment plus besoin d’aller voir le film tant celui-ci n’apporte rien à l’histoire déjà bien connue d’Angela Davis. Le film ne tient que sur les épaules de cette femme charismatique, sur le symbole fort qu’elle a été à l’époque, sans apporter la moindre nuance qui viendrait donner
un soupçon d’intérêt au projet. Free Angela est malheureusement un documentaire à la forme purement “télévisuelle”, avec ses mauvaises reconstitutions faute d’archives, ses zooms sur images fixes façon Faites entrer l’accusé, ses témoignages d’amis ou de proches face caméra dignes d’un épisode d’Hollywood Stories, tout ça est en soit très mauvais. L’impression de s’être retrouvé devant sa télé à regarder un reportage lambda sur un sujet brûlant persiste. Si de la nuance était peut-être trop demandée, j’aurais au moins aimé avoir du recul sur cette histoire, sur ce que devient cette femme et son combat aujourd’hui à l’ère Obama, sur ce qui a évolué ou pas. Mais malheureusement rien de tout ça n’est développé.

 

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Passion (Brian de Palma):

J’ai pensé peut-être inconsciemment à Almodovar (l’image très clean et assez sensuelle du même chef opérateur) plus qu’à De Palma dont je n’ai pas encore découvert tous les films (pas vu Pulsions, ni Body Double, ni Femme Fatale, ni Snake Eyes). La structure en crescendo du film est plutôt jubilatoire à suivre, entre ces trahisons dans le milieu publicitaire, ce personnage de garce ultime interprété par Rachel McAdams, ces jeux d’attraction et de répulsion entre deux, puis trois, puis quatre personnages. Plusieurs motifs se répondent, se répètent, tournoient ensemble de plus en plus vite jusqu’à cette
dernière partie géniale qui semble se couper malheureusement trop tôt, ou plutôt en plein mouvement centrifuge, nous expédiant à vitesse grand V dans le générique de fin. Comme dans Redacted, les images volées (caméras de surveillance, vidéos prises avec un portable etc) intéressent toujours le cinéaste et s’insèrent parfaitement au jeu de perversion qu’il y a entre les personnages. Certains verront en Passion le potentiel d’un téléfilm érotique de M6 mais je ne fais pas la fine bouche pour ce nouveau De Palma qui reste avant tout une oeuvre de commande plutôt bien menée car servie par un scénario en or.

 

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Baudoin – Dalí par Baudoin

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Excellente biographie de Salvador Dalí sous les traits de Baudoin que je ne connaissais pas. La grande force de l’auteur/dessinateur est d’abord d’esquiver tous les pièges qu’une telle entreprise pouvait rencontrer, comme celui de se faire tout simplement écraser par le modèle, sa folie des grandeurs (sa folie tout court) et son génie autoproclamé. Baudoin fait de la vie du peintre une ballade poétique et brillamment commentée d’une rare beauté où l’on traverse l’oeuvre, ses mystères et ses diverses interprétations avec un plaisir à la fois esthétique et pédagogique. Pour celà il utilise une palette graphique riche et vraiment impressionante tant à chaque page il sait nous surprendre. Il a également la bonne idée sur certaines cases de se mettre lui-même en scène en train d’écrire ce livre (un peu à la façon de Spiegelman dans Maus) afin de prendre le recul nécessaire face à Dalí, face au fait de raconter son histoire. Pour toutes ces raisons et d’autres encore, c’est vraiment une très belle lecture même si comme moi on n’aime que moyennement Dalí.

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My Bloody Valentine – m b v

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Après deux semaines d’écoutes intensives, la déception des débuts a laissé place à un fort pouvoir d’attraction: je ne cesse d’y revenir et j’en suis dépendant. Cette déception était sûrement inévitable tant depuis 22 ans le fantasme avait remplacé l’attente autour de cet album qu’on n’osait plus espérer. On pourrait dire que l’album reprend exactement là où Loveless nous avait laissé en 1991, à tel point qu’on a l’étrange impression d’une musique qui se serait figée dans le temps, comme si l’âge n’avait pas de prise sur leur style si particulier. Il n’y a aucune marque de vieillissement (dans la musique, dans les voix, dans le son) et c’est en partie ce qui fait de m b v, au-delà de la nostalgie de nous replonger dans les 90′s, un album assez fascinant à écouter. Ainsi on retrouve intactes ces deux voix vaporeuses, ces agressions soniques (la trilogie finale de l’album et ce “Wonder 2″ avec ses gros feedbacks volcaniques), ces juxtapositions de strates de guitares, des guitares à la fois planantes et toutes en distorsions psychédéliques, ici au service de chansons aux mélodies indéfinissables et moins accrocheuses qu’auparavant, exceptée la poppy “New You”. Un très bel album.

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Brecht Evens – Les Noceurs & Les Amateurs

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J’étais tout d’abord attiré par ce graphisme atypique, en aquarelle et très coloré, mais j’avais peur que cette virtuosité soit au final le seul intérêt à y trouver. Heureusement ce n’est pas le cas car l’auteur a un vrai sens du récit et une certaine touche d’ironie qui fait plaisir. J’avais aussi peur que tout ça fasse un peu brouillon (l’absence de cases, les formes et les couleurs qui se mélangent) mais là encore Brecht Evens sait rendre ses histoires très lisibles, chaque personnage (et chacune de ses paroles) ayant sa couleur attibuée. La construction du récit est plutôt libre dans la forme, débouchant souvent sur des pleines pages fascinantes de beauté luxuriante et parfois d’étrangeté. J’ai eu l’impression de lire un anti page-turner tant je n’avais pas envie de lâcher certaines pages. Plus que les récits en eux-même, pourtant bons, ce qui nous fait avancer dans ces deux BD est surtout un émerveillement que l’on a envie de prolonger.

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Richard Skelton – Verse of Birds

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Depuis Landings, son précédent album, Richard Skelton n’a pas changé et c’est tant mieux. Verse of Birds nous plonge lui aussi dans une ambiance quasi cinématographique rappelant l’univers froid et contemplatif des films du hongrois Béla Tarr. Ce double album est aussi beau et introspectif que son prédécesseur; les violoncelles, souvent crissants chez le compositeur, ont toujours une place importante et forment des nappes sans début ni fin.  Sublime.

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Top Cinéma 2012

Au-dessus du lot:

gebo et l'ombre

Gebo et l’ombre de Manoel de Oliveira

4h44

4h44 Dernier jour sur Terre d’Abel Ferrara

the day he arrives

The day he arrives d’Hong Sangsoo

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Take Shelter de Jeff Nichols

damsels in distress

Damsels in distress de Whit Stillman

cosmopolis

Cosmopolis de David Cronenberg

life of pi

L’odyssée de Pi d’Ang Lee

 

Dans le lot:

tatsumi

Tatsumi d’Eric Khoo

moonrise kingdom

Moonrise Kingdom de Wes Anderson

twixt

Twixt de Francis Ford Coppola

l'été de giacomo

L’été de Giacomo d’Alessandro Comodin

les enfants loups

Les enfants loups, Ame & Yuki de Mamoru Hosoda

oslo, 31 août

Oslo, 31 août de Joachim Trier

cheval de guerre

Cheval de guerre de Steven Spielberg

laurence anyways

Laurence anyways de Xavier Dolan

terri

Terri d’Azazel Jacobs

journal de france

Journal de France de Claudine Nougaret et Raymond Depardon

in another country

In another country d’Hong Sangsoo

ernest et célestine

Ernest et Célestine de Benjamin Renner et Stéphane Aubier

nouveau départ

Nouveau Départ de Cameron Crowe

Presque dans le lot:

killer joe

Killer Joe de William Friedkin

avé

Avé de Konstantin Bojanov

prometheus

Prometheus de Ridley Scott

adieu berthe

Adieu Berthe de Bruno Podalydès

le fossé

Le fossé de Wang Bing

looper

Looper de Rian Johnson

le jour des corneilles

Le jour des corneilles de Jean-Christophe Dessaint

tokyo park

Tokyo Park de Shinji Aoyama

millenium

Millenium de David Fincher

the we and the I

The we and the I de Michel Gondry

un monde sans femmes

Un monde sans femmes de Guillaum Brac

Appréciés:

frankenweenie

Frankenweenie de Tim Burton

saya zamurai

Saya Zamurai d’Hitoshi Matsumoto

holy motors

Holy Motors de Leos Carax

summertime

Summertime de Matthew Gordon

LE GRAND SOIR (2012)

Le grand soir de Gustave Kervern et Benoît Delépine

guilty of romance

Guilty of romance de Sono Sion

ted

Ted de Seth MacFarlane

i wish

I Wish, nos voeux secrets de Hirokazu Kore-Eda

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