TOP Musique 2015

2015 fut une année très fleurie côté musique également, elle délivra son lot de réussites dans différentes catégories m’étant chères: Rock/Folk/Pop/Post-punk etc, musiques indépendantes, musiques chercheuses (et trouveuses), ambient, électronica et quelques expérimentations en tout genre. Voici ma sélection:

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1/ Steinbrüchel – Parallel Landscapes
2/ Sufjan Stevens – Carrie & Lowell
3/ Viet Cong – Viet Cong
4/ The Necks – Vertigo
5/ Colin Stetson and Sarah Neufeld – Never Were the Way She Was
6/ Enablers – The Rightful Pivot
7/ Kendrick Lamar – To Pimp a Butterfly
8/ Ought – Sun Coming Down
9/ Le Berger – Music for Guitar & Patience
10/ The Declining Winter – Home for Lost Souls
11/ Deerhunter – Fading Frontier
12/ Kurt Vile – B’lieve I’m going down
13/ Benoît Pioulard – Sonnet/Noyaux
14/ The Apartments – No Song, No Spell, No Madrigal
15/ Domenique Dumont – Comme Ça
16/ Jim O’rourke – Simple Songs
17/ Floating Points – Elaena
18/ The Dodos – Individ
19/ Disappears – Irreal
20/ Valet – Nature
21/ Zelienople – Show Us The Fire
22/ Wilco – Star Wars
23/ Vainio & Vigroux – Peau froide, Léger soleil
24/ Paul de Jong – If
25/ William Basinski – Cascade
26/ Helm – Olympic Mess
27/ Build Buildings – A Generation of Books
28/ Ryley Walker – Primrose Green

 

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TOP Cinéma 2015

Un terme m’est venu récemment à l’esprit pour définir au mieux ce qui m’a le plus stimulé en salles cette année: “hors-norme”. Mais un film hors-norme n’est pas seulement celui qui veut déborder sur la marge par une sorte de gigantisme exacerbé souhaitant battre tous les records. L’actioner spectaculaire Mad Max: Fury Road ou encore Inherent Vice et ses 2h30 pynchoniennes et farfelues sont d’ailleurs un peu de ceux-là. Etre hors-norme signifie aussi et surtout être à côté de cette marge voire ne pas en avoir, c’est-à-dire proposer un film allant à l’encontre de ce que toute norme imposerait et continuer ainsi à faire vivre le cinéma, art qui comme tous les arts ne sait perdurer qu’en étant bousculé, illuminé, irrigué d’idées nouvelles et parfois mis en danger. Heureusement, l’année 2015 fut plutôt riche de ces films-là et, si je n’ai forcément pas pu tout voir, en voici une sélection bien garnie (30 films!) rangée par blocs de dix et grosso modo par ordre de préférence.

Les Merveilles:

cemetery of splendour

1/ Cemetery of splendour (Apichatpong Weerasethakul, Thaïlande)

mia madre

2/ Mia madre (Nanni Moretti, Italie)

l'ombre des femmes

3/ L’ombre des femmes (Philippe Garrel, France)

le bouton de nacre

4/ Le Bouton de nacre (Patricio Guzmán, Chili/Espagne/France)

vice-versa

5/ Vice-versa (Pete Docter, Etats-Unis)

hill of freedom

6/ Hill of freedom (Hong Sang-soo , Corée du Sud)

l'image manquante

7/ L’image manquante (Rithy Panh, Cambodge/France)

it follows

8/ It follows (David Robert Mitchell, Etats-Unis)

comme un avion

9/ Comme un avion (Bruno Podalydès, France)

knight of cups

10/ Knight of cups (Terrence Malick, Etats-Unis)

Excellentissimo:

le pont des espions Le pont des espions (Steven Spielberg)

Au-dela-des-montagnes-3 Au-delà des montagnes (Jia Zhang-Ke)

réalité Réalité (Quentin Dupieux)

the lobster The Lobster (Yorgos Lanthimos)

shaun le mouton Shaun le mouton (Richard Starzak, Mark                                                                                          Burton)

the visit The visit (M. Night Shyamalan)

inherent vice Inherent vice (Paul Thomas Anderson)

mission impossible rogue nation Mission impossible: Rogue nation                                                                                                       (Christopher McQuarrie)

vincent n'a pas d'écailles Vincent n’a pas d’écailles (Thomas Salvador)

"THE VOICES", 2013 Director: Marjane Satrapi, Dreiundzwanzigste Babelsberg Film GmbH The voices (Marjane Satrapi)

Très bien:

miss hokusai Miss Hokusai (Keiichi Hara)

Photos de plateau du tournage «Tu dors Nicole» de Stéphane Lafleur, une production micro_scope Tu dors Nicole (Stéphane Lafleur)

trois souvenirs de ma jeunesse Trois souvenirs de ma jeunesse (Arnaud                                                                                            Desplechin)

vers l'autre rive Vers l’autre rive (Kiyoshi Kurosawa)

taxi téhéran Taxi Téhéran (Jafar Panahi)

mad max fury road Mad Max: Fury Road (George Miller)

edmond, un portrait de baudoin Edmond, un portrait de Baudoin (Laetitia                                                                                        Carton)

caprice Caprice (Emmanuel Mourret)

souvenirs de marnie Souvenirs de Marnie (Hiromasa Yonebayashi)

foxcatcher Foxcatcher (Bennett Miller)

Meilleur court-métrage de l’année car c’est le seul que j’ai vu mais surtout car il le mérite amplement: 

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KUNG FURY (David Sandberg) que l’on peut (re-re-re-)revoir ici

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Terrence Malick – Knight of Cups (2015)

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Il est assez amusant de voir aujourd’hui Terrence Malick se livrer autant sur sa vie passée, lui qui a toujours été cloîtré dans un silence médiatique absolu depuis son premier film (La Balade Sauvage, 1975). Après son enfance et le décès prématuré de l’un de ses deux frères (The Tree of Life, palme d’or en 2011) et ses premières relations sentimentales (To the Wonder, 2013), Knight of Cups va se pencher quant-à-lui sur ce qui semble avoir été son jeune parcours et sa perdition dans le strass et les paillettes holywoodiennes.

A en voir la radicalité quasi expérimentale de ce dernier film dans la lignée formelle des deux précédents, on sent bien que le Hollywood en question, ainsi que les codes formatés qui l’accompagnent souvent, sont très loin derrière lui. On dit parfois qu’un film s’écrit trois fois: au scénario, au tournage et au montage. Le cinéaste poursuit ici seul une route déserte où son film ne semble prendre forme qu’au montage final, laissant éclore un agglomérat de scènes courtes sans lien apparent telles des bribes de souvenirs disparates balancées à l’oeil du spectateur sur plus de 2 heures, tout cela agrémenté de voix-off (les pensées intérieures des personnages) nous aidant pas forcément à y voir plus clair tant celles-ci sont principalement des questionnements voire des prières lancées aux cieux.

Cependant, ce qui aurait pu tourner à l’overdose et au salmigondis Malickien (ou plutôt Lubezkien, Emmanuel Lubezki étant le chef opérateur attitré du cinéaste depuis The Tree of Life et faisant partie intégrante de son univers où règne une beauté esthétique toujours gracieuse, presque trop) n’a jamais été aussi fascinant à voir, à vivre oserait-on dire. Peut-être car la forme rejoint ici le fond et le fait résonner encore plus qu’avant, celui de l’ivresse d’une célébrité dans un monde luxueux et hypocrite. Car le film raconte tout simplement l’histoire d’un prince qui ne cesse de chercher le bonheur dans son propre royaume doré. Ainsi, de l’ivresse vécue par le personnage principal (un Christian Bale surprenant), Knight of Cups va d’une certaine manière nous la faire ressentir en nous enivrant par l’image (et le son), par un trop-plein d’images. Le film propose en cela un geste cinématographique presque autiste où les personnages ne sont plus que des silhouettes floues dans des plans souvent virevoltants et éparpillés façon puzzle. Cate Blanchett et Nathalie Portman présentes à l’affiche ne font d’ailleurs qu’une apparition à l’écran de 3 minutes chacune à tout casser. Mais il fallait sûrement cette forme poétique-là pour décrire au mieux, de l’extérieur mais surtout de l’intérieur, la déshumanisation des âmes dans un milieu totalement artificiel que l’on peut étendre à d’autres. Pour sa radicalité, Knight of Cups se pose clairement comme une expérience extrêmement singulière semblant ne trouver comme équivalent que le Inland Empire de David Lynch, autre film malade sur les coulisses d’Hollywood.

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Films vus en 2015 (partie 2)

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Louis Garrel – Les Deux Amis

Dans la famille Garrel, après le père (L’ombre des femmes) je demande le fils. Ce dernier livre ici son premier long métrage après avoir fait ses armes dans le format court et la transition se fait légèrement ressentir. Les Deux Amis souffre en effet d’un manque de fluidité dans le déroulement de son histoire tournant autour d’un triangle amoureux. Ainsi le film fonctionne souvent par séquences isolées et se repose beaucoup sur le charme de ses trois comédiens (sublime Golshifteh Farahani) servis par une mise en scène soignée et élégante. L’étape du premier film est donc à moitié réussie pour Louis Garrel mais l’acteur réalisateur possède une maturité indéniable qui pourrait le mener loin. Affaire à suivre.

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Thomas Salvador – Vincent n’a pas d’écailles

Autre premier long métrage d’un jeune homme à la fois acteur et cinéaste, Vincent n’a pas d’écailles est un petit film n’ayant pas fait grand bruit mais restant plutôt réjouissant pour l’originalité de son pitch mais surtout pour la maîtrise de son traitement à travers une mise en scène subtile. En jouant un personnage ayant une force surhumaine dès qu’il se retrouve au contact de l’eau, Thomas Salvador prend à rebours la mythologie américaine du comics pour la téléporter dans la province française et plus particulièrement dans une région riche en lacs, ce qui arrange forcément notre (super-) héros. Le réalisateur propose avec ce film un bol d’air frais sur un ton naturaliste à des années lumières de la surenchère des blockbusters bodybuildés de chez Marvel, quand bien même certains d’entre eux jouent aussi avec leur propres codes (Kick Ass, Guardians of the Galaxy). Thomas Salvador s’intéresse surtout ici à des questions triviales dont la première serait: comment vivre normalement lorsqu’on a des pouvoirs anormaux ? Vivre normalement, c’est ce à quoi son personnage aspire pendant tout le film, donnant lieu à des scènes cocasses toujours à deux doigts de basculer soit dans le comique soit dans le tragique. Vincent n’a pas d’écailles est un beau (premier) film tout en légèreté.

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Apichatpong Weerasethakul – Cemetery of Splendour

Un des plus beaux films de l’année si ce n’est le plus beau pour l’instant. J’en parle ici.

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Jacques Audiard – Dheepan

On pourrait dire que cette palme d’or volée remplace celle que le réalisateur aurait pu (du?) avoir avec Un Prophète, un film à la fois plus intense et ambitieux que ce Dheepan boursouflé et parfois le cul entre deux chaises. A travers son sujet faisant écho à l’actualité des migrants et sa mise en scène à la fois classique et musclée, Dheepan ne manque certainement pas d’intensité et d’ambition mais ces dernières paraissent forcées pour faire entrer le film dans la case “palmable” en mode warning. Le film fonctionne pourtant assez bien dans sa première moitié où des liens se nouent progressivement entre trois personnages et la cellule familiale fictive qu’ils souhaitent reconstituer (ont-ils le choix?), Jacques Audiard a ici un beau sujet mais celui-ci se perd ensuite dans une deuxième moitié amorçant un polar assez démonstratif où toute tension manque cruellement d’empathie, le cinéaste n’ayant peut-être pas assez su nous attacher dans un premier temps à ses personnages. Dommage.

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Deniz Gamze Ergüven – Mustang

Autre légère déception avec ce film d’une jeune réalisatrice nous présentant les affres du mariage arrangé touchant 5 jeunes soeurs dans la campagne reculée de la Turquie. Si l’intention est plus que louable, le manque de finesse de son traitement “coup de poing” laisse plutôt à désirer. Dans Mustang, chacune de ces filles sert à projeter un angle différent sur la politique patriarcale du pays: il y aura celle qui accepte sans broncher, celle
qui est amoureuse donc ça passe plus ou moins, celle qui se suicide (ce qui n’affecte d’ailleurs en rien l’implication émotionnelle de certains personnages dans la suite du scénario) puis celles qui s’échappent, fuyant un oncle tyrannique et caricatural mais surtout une campagne aux traditions violentes et arriérées pour rejoindre celles plus modérées d’une capitale perçue comme une sorte d’El Dorado. Par ailleurs, Mustang est un film efficace et ses 5 jeunes actrices emportent littéralement le film avec elles par leur fraîcheur et leur énergie, remplaçant le spleen d’un Virgin Suicides (auquel on a beaucoup comparé le film à sa sortie) par un élan juvénile et surtout féministe.

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Rithy Panh – L’image Manquante

Je découvre ce grand documentariste avec son dernier film et troisième volet de sa trilogie consacrée au génocide perpétré par les Khmers rouges au Cambodge sous le règne de Polpot entre 1975 et 1979. De cette horreur, nous avons peu d’images et Rithy Panh va faire ici un travail d’archéologue mais aussi de modéliste pour reconstituer l’innommable. En effet, à côté des images d’archives qu’il a réussi à dénicher, le réalisateur va recréer ces années noires grâce à de petites figurines travaillées dans la glaise, une glaise symbolisant avant tout la terre boueuse battue et rebattue lors du travail forcé et mortifère de l’époque totalitariste des Khmers. Mais si Rithy Panh cherche ici des images manquantes ce sont surtout celles de son enfance, le cinéaste ayant vécu le fameux génocide aux premières loges étant enfant et ayant vu tous les siens y passer. Au-delà de la valeur essentielle que peut avoir un documentaire sur un génocide plus méconnu et du devoir de mémoire qu’il propose, L’image manquante est aussi un film bouleversant sur un adulte qui cherche l’enfant sommeillant en lui en creusant la terre, en modélisant de petites statuettes à son effigie afin de transmettre son vécu, son savoir. L’image manquante est à n’en pas douter un grand film.

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Laetitia Carton – Edmond, un portrait de Baudoin

Si le documentaire de Laetitia Carton n’a pas de grandes qualités formelles en soi, celui-ci livre cependant un beau portrait d’un artiste rare qui devrait plaire à tous les amateurs de Baudoin mais aussi aux curieux d’arts en marge. Ma critique.

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Hong Sang-Soo – Hill of Freedom

Plus Hong Sang-Soo avance (et il avance vite, soit au rythme de 1 ou 2 films par an), plus son cinéma précieux se resserre dans l’espace et dans le temps. Hill of Freedom ne dure qu’1h08 et gravite autour de 3 lieux d’un même quartier: un hôtel, un bar et un restaurant. Mais paradoxalement, ses scénarios semblent de plus en plus s’éclater en fragments disparates, à l’image de son beau The Day He Arrives. Ici, une femme revient sur des lieux qu’elle a connu après plusieurs années d’absence et découvre les nombreuses lettres qu’un ancien amant lui a envoyé pendant tout ce temps à ce lieu où ils se sont rencontré autrefois. Elle fait maladroitement tomber toutes ces lettres sous le coup de l’émotion, les ramassant ensuite dans le désordre. C’est ce désordre chronologique de ces lettres qui va nous être conté dans Hill of Freedom, qui va construire sa structure presque aléatoire. Ce désordre sera aussi sentimental, relationnel, mental même (entre rêve et réalité) offrant au cinéaste Sud Coréen un excellent terrain de jeu pour délivrer sa petite musique et l’infinie finesse de son cinéma doux amer (et alcoolisé). Le film n’est plus très frais dans ma mémoire mais cette miniature loin d’être mineure laisse le souvenir d’une petite merveille de plus dans la filmographie de Hong Sang-Soo, un cinéaste soit-dit-en-passant très cher à mes yeux.

Petit top 15 à deux mois de la fin de l’année:

1- Cemetery of Splendour (Apichatpong Weerasethakul)
2- L’image manquante (Rithy Panh)
3- Hill of Freedom (Hong Sang-Soo)
4- L’ombre des femmes (Philippe Garrel)
5- Vice-versa (Pete Docter)
6- Comme un avion (Bruno Podalydès)
7- It Follows (David Robert Mitchell)
8- Mission: Impossible – Rogue Nation (Christopher McQuarrie)
9- Shaun le mouton (Mark Burton, Richard Starzak)
10- Réalité (Quentin Dupieux)
11- The Voices (Marjane Satrapi)
12- Vincent n’a pas d’écailles (Thomas Salvador)
13- Mad Max: Fury Road (George Miller)
14- Inherent Vice (Paul Thomas Anderson)
15- Miss Hokusai (Keiichi Hara)

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Edmond, un portrait de Baudoin (Laetitia Carton, 2015)

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Découvert il y a seulement 2 ans via le merveilleux Dali par Baudoin, je ne connais au total que deux BD du dessinateur niçois pourtant auteur d’une bonne cinquantaine d’ouvrages, seul ou accompagné, depuis le début des années 80. C’est par la case documentaire que je poursuis ma découverte de cet artiste légèrement en marge et c’est un enchantement.

La réalisatrice Laetitia Carton y présente un Baudoin qui sera de tous les plans du film: il donne là des cours d’Art à des collégiens intéressés ou de jeunes enfants intrigués, il livre ici quelques réflexions profondes sur la création, il nous fait visiter là les lieux qui ont façonnés sa vie, il se baigne nu dans une eau de source… mais surtout: il dessine, il dessine constamment comme si le dessin était une maladie chronique qu’il porte dans son sang. C’est une passion forte qui le ronge autant qu’elle le comble de bonheur. Mais le dessin est avant tout pour lui le langage le plus juste pour exprimer et surtout transmettre ses idées, ses sensations, sa vérité des choses. Son style graphique à la croisée des genres et si éloigné des codes classiques de la BD lui vaudra notamment quelques déboires éditoriaux. Car, au-delà du dessin, Edmond Baudoin crée des lieux de rencontre entre les arts soit-disant indissociables: c’est par exemple l’un des premiers à avoir tenté le récit autobiographique en BD. Aussi, l’auteur peint finalement plus qu’il ne dessine et découpe parfois ses cases avec la même liberté salvatrice qu’ont certains saxophonistes à jouer du jazz (entendre pour ça la belle anecdote qu’il livre sur sa “révélation” lors d’un concert de Miles Davis). La musique tient d’ailleurs un rôle important dans sa manière de concevoir ses créations, comme si tout n’était que musicalité, les détours broussailleux de sa vie y compris.

Laetitia Carton réalise là un portrait sans prétention d’un auteur passionnant, et poursuit par ailleurs assez justement l’un des questionnements majeurs de Baudoin sur ce que peuvent être les limites du portrait en art, aussi fidèle soit-il. Un beau documentaire qui donne envie de se plonger dans l’oeuvre vaste du dessinateur, ce que j’avais quoi qu’il arrive l’intention de faire. Prochain sur ma liste: Le voyage (1996)

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Apichatpong Weerasethakul – Cemetery of Splendour (2015)

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Des soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s’occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d’amitié avec Keng, une jeune médium qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis.

“Eyes Wide Open”

Lorsque les premiers synopsis du nouveau projet d’Apichatpong Weerasethakul voyaient le jour, à savoir une histoire tirée d’un fait divers incluant 27 soldats atteints d’une étrange maladie du sommeil, on pouvait facilement craindre que le cinéaste thaïlandais, après une palme d’or cannoise amplement méritée en 2010, succombe à la tentation de doser à l’excès son univers d’onirisme et ainsi livrer une sorte d’Oncle Boonmee puissance 10. Heureusement il n’en est rien et l’onirisme de Cemetery of Splendour ne sera présent que hors champ dans ce dernier film dont le merveilleux supposé passe avant tout par la parole. Cette parole serait une parole de conteur dépouillant le film de tout artifice et de tout effet, laissant ainsi au spectateur la liberté d’imaginer voire de créer les autres mondes que sont ceux des esprits, des vies antérieures ou des rêves.

En cela, Cemetery of Splendour se situe quelque part entre Syndrome and a Century et Oncle Boonmee, ses deux précédents films, pas vraiment une synthèse des deux mais plutôt la relecture de l’un par l’autre. On retrouve du premier la même mise en scène en plans fixes aux parfaites compositions et quelques scènes similaires dont une scène à la beauté plastique sidérante (ici une scène avec des spirales hypnotiques (ventilateur, escalators, reflet de voitures sur un panneau publicitaire) et couleurs changeantes avec un des plus beaux fondus vu depuis longtemps au cinéma), et on retrouve du second sa croyance profondément sincère en son riche folklore spirituel. Mais Cemetery of Splendour semble plus incarné, moins “expérimental” et allant même jusqu’à titiller la comédie pure par moments. La romance qu’il propose entre la femme et le soldat malade (le film s’appelait un temps Love in Khon Kaen) est peut-être aussi une de ses plus chaleureuses quand bien même il s’agit d’une de ses plus complexes: un flirt entre deux personnes, l’une éveillée et l’autre endormie, via une tierce personne (une médium) servant d’interprète pour les faire dialoguer.

Il y a ici quelque chose de plutôt abscons pour notre culture occidentale mais que le cinéaste rend, au détour de scènes poétiques, totalement lisible et naturellement simple. Une des forces d’Apichatpong Weerasethakul étant aussi celle de concilier les contraires et de brouiller leurs frontières. Ainsi le concret côtoie l’abstrait, le réel et le rêve se confondent, les morts s’invitent à la table des vivants pour manger des brioches. Le titre même du film accole le mot “cimetière” à celui de “splendeur”. Il y a parfois ces moments flottants où l’on bascule d’un univers à l’autre mais on ne sait jamais trop où et quand, ni pourquoi. “On ne peut empêcher les rêves, comme on ne peut empêcher les pensées” dit un professeur de méditation lors d’une séquence. Le cinéma du réalisateur semble obéir à ses propres règles, des règles où l’inconscient a aussi son mot à dire. Cela crée depuis quelques films une expérience de cinéma parfaitement inédite que ce dernier film méditatif pousse toujours aussi loin.

Selon son seuil de tolérance à ce cinéma de la lenteur et de l’immersion, on trouvera le film soit très ennuyeux soit très apaisant, et le fait que son sujet même soit une maladie du sommeil donnera pléthore de vannes toutes trouvées à Eric Neuhoff mais il s’agit moins ici de se laisser bercer ou hypnotiser par la zénitude du film que de faire l’effort de rester éveillé, de garder les yeux grand ouverts face à la beauté insaisissable du film, une beauté d’un autre monde qui doit peut-être se mériter. Montrer l’insaisissable, c’est un peu ce qu’Apichatpong Weerasethakul fait plus que jamais avec cet infiniment précieux Cemetery of Splendour.

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Petit bilan des films vus à la mi-année

Petit bilan des films vus cette première moitié d’année, des films pour la plupart bons voire excellents même si j’ai peut-être été moins curieux et aventureux qu’auparavant.

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It Follows (David Robert Mitchell)

Première claque esthétique de l’année avec ce film qui reproduit parfaitement l’atmosphère angoissante des séries B d’horreur des années 80. It Follows décrit un monde recentré sur des adolescents à la période estivale, un monde paisible qui va être bousculé par la présence d’un parasite sexuellement transmissible pouvant prendre la forme de n’importe quel être humain et qui ne fait que “suivre” à la marche la dernière personne contaminée (qui est aussi la seule à pouvoir voir cette “chose”). On pense à The Thing de John Carpenter pour la tension d’une chose qui peut surgir de partout, on pense aussi au roman graphique culte Black Hole de Charles Burns qui décrivait aussi des ados livrés à eux-même et contaminés par une étrange MST les obligeants à se réfugier à l’écart des autres. It Follows est plutôt brillant en terme de mise en scène, arrivant à créer une tension palpable avec rien si ce n’est la possibilité d’une présence. “Ça vous suit” nous souffle le titre du film, mais qu’est-ce qui nous suit ? Le film reste assez ouvert sur la question mais esquisse quelques pistes d’interprétation: peur de la mort forcément mais plus particulièrement peur de l’entrée dans l’âge adulte.

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Tu dors Nicole (Stéphane Lafleur)

Autre film qui traite de la peur de l’âge adulte, Tu dors Nicole nous présente lui aussi des adolescents en vacances profitant de l’absence des parents pour se délasser dans la maison familiale, seulement ici la peur est remplacée par l’ennui et pour cela le film fait
parfois penser à ceux de Sofia Coppola, le côté petit bourgeois et fille à papa en moins. C’est le beau personnage de Nicole qui emporte au fur et à mesure ce film au noir et blanc plutôt classieux. Nicole est une fille entre deux âges (on parle parfois “d’adulescence”) qui n’arrivera jamais à se décider, en a t-elle seulement envie ? Elle flirtera avec les deux mondes sans trouver sa place. Le film devient alors le portrait subtil, saupoudré parfois d’humour, d’une certaine jeunesse qui mue difficilement, une jeunesse endormie n’étant pas encore prête à se réveiller.

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Vice-versa (Pete Docter)

J’en parle ici, très beau film partageant également ce thème qu’est le passage d’un âge à un autre. Film bouleversant qui nous dit simplement que quitter l’enfance c’est commencer à avoir le recul nécessaire pour pouvoir enfin la regarder. C’est à cet âge que la joie des souvenirs que l’on a enfant se mélange à la tristesse du temps qui passe pour créer, avec la maturité, cette nouvelle émotion qu’est la mélancolie.

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Comme un avion (Bruno Podalydès)

La comédie française n’est pas en reste, Bruno Podalydès en est même un professionnel confirmé qui a du métier (Dieu seul me voit, Liberté-Oléron, Le mystère de la chambre jaune, Adieu Berthe). Avec ce nouveau film, il endosse pour la première fois le rôle principal, souvent joué par son frère Denis Podalydès (second rôle ici), et ce personnage de quadra lunaire qui décide de partir en kayak se libérer l’esprit lui sied à merveille. Périple laborieux dont je ne dirai rien mais qui révèle toute la légèreté comique de ce réalisateur un peu à part. Le film ne serait déjà formidable s’il n’était basé que sur l’humour mais Bruno Podalydès livre avec ça un film aérien, hédoniste et enivrant qui fait vraiment du bien.

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Réalité (Quentin Dupieux)

Je me disais en voyant Comme un avion que Bruno Podalydès avait des faux airs d’Alain Chabat. Celui-ci jouait dans le dernier film de Quentin Dupieux (aka Mr Oizo), un film drôle, absurde et hypnotique qui est son meilleur à ce jour. J’en parlais mieux ici.

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Les nouveaux sauvages (Damian Szifron)

Avec ce film à sketchs (6 courtes histoires réunies) abordant les travers de la société argentine en poussant ses personnages dans leurs derniers retranchements, l’argentin Damian Szifron réalise le pendant comique du film chinois A Touch of Sin (Jia Zhangke) sorti l’année dernière. Moins politiquement militant que ce dernier, Les nouveaux sauvages reste un défouloir sacrément salvateur décrivant 6 situations différentes qui vont s’envenimer et gagner en tension pour enfin exploser. Les sketchs sont assez inégaux (j’en ai surtout retenu 3 sur les 6) mais le film reste plutôt jubilatoire dans l’ensemble.

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Souvenirs de Marnie (Hiromasa Yonebayashi)

On aura assisté cette année à la réanimation (qualitative s’entend) du studio Pixar mais aussi à la fin du grand studio Ghibli qui sortait en début d’année sa dernière oeuvre avant fermeture des portes. Une oeuvre assez émouvante dont je parle ici.

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L’ombre des femmes (Philippe Garrel)

Miniature sentimentale (le film dure 1h15) du célèbre réalisateur français Philippe Garrel que je découvre, L’ombre des femmes est un petit chef d’oeuvre de sensibilité traitant de l’adultère, ou plutôt de la vision que peut en avoir l’homme d’un côté et la femme de l’autre dans le couple. Servi par une Clotilde Courau impériale et un Stanislas Merhar campant un personnage froid comme une glaçon, le film décrit avec beaucoup de justesse la désintégration d’un couple. Le film trouve un équilibre en adoptant les deux points de vue de la tromperie: celle masculine et machiste, et celle féminine et mystérieuse que le cinéaste essaye de comprendre en livrant ce film quasi féministe. La présence d’une voix off plutôt dispensable (celle de Louis Garrel, fils du cinéaste) vient hélas parfois surligner inutilement quelques scènes mais mis à part ce bémol le film est très beau, très fort.

The Voices (Marjane Satrapi)

L’ancienne auteure de BD Marjane Satrapi (Persepolis) réalise ici un film très abouti sur ce qui se passe dans la tête d’un serial killer génialement interprété par Ryan Reynolds. La grande force du film est surtout de nous faire comprendre sa folie en décrivant le monde tel qu’il le perçoit, tel qu’il l’analyse. The voices réussi parfaitement à montrer les deux facettes d’une même réalité à travers deux genres qui ne feront que se rencontrer: l’épouvante lorsque l’on sort de la tête du tueur, et une sorte de comédie bisounours
lorsqu’on y entre. Cela crée un pur contraste avec lequel la cinéaste joue talentueusement, livrant peut-être ici un des meilleurs films de serial killer vu depuis longtemps. Du moins un des plus original dans sa manière d’épouser la psyché du tueur là où la plupart des films du genre s’intéressent plus ou moins paresseusement à la traque policière.

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Taxi Téhéran (Jafar Panahi)

Jafar Panahi partage avec la réalisatrice de The Voices des origines iraniennes, seulement lui a depuis quelques années des soucis (c’est le moins qu’on puisse dire) avec les ordres publics de son pays. Ces derniers l’empêchent de faire ce qu’il veut à commencer par faire simplement des films. Alors le cinéaste enfreint les lois qui lui sont imposées pour réaliser des films illégaux et forcément manifestes. Si Taxi Téhéran possède cette force du risque entrepris par Jafar Panahi, il ne faudrait pas non plus le réduire à ça. Avec un dispositif minimaliste rappelant le marquant Ten d’Abbas Kiarostami (3 caméras dans une voiture), le cinéaste va livrer un portrait politique, social et culturel passionnant de son pays et questionner les droits qui y règnent (qu’à t-on le droit de montrer ? qu’est-ce qui sépare le bon sens du mauvais ?) pour mieux en révéler l’absurdité. Le film sait aussi s’amuser de sa forme de faux documentaire, le rendant assez accessible quand le film aurait pu être écrasé par son concept et le jeu qu’il entretient entre la réalité et la fiction. Taxi Téhéran a remporté un Lion d’or amplement mérité à Berlin.

J’ai également visionné d’autres films plus ou moins réussis dont je ne parle pas ici mais qui valent la peine d’être vu: Mad Max: Fury Road (Georges Miller), Trois souvenirs de ma jeunesse (Arnaud Desplechin), Inherent Vice (Paul Thomas Anderson), Foxcatcher (Bennett Miller) ou encore Tomorrowland (Brad Bird). J’en reparlerai sûrement à l’occasion du top de fin d’année.

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